Après le CPT, l’heure des comptes
- Feb 12
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Editorial de Stacy Tertulien

Le 7 février 2026 marque officiellement la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), conformément à l’accord politique du 3 avril 2024. Dans une déclaration soigneusement calibrée, à l'image de la communauté internationale, la France a “pris acte” de cette échéance institutionnelle et salué la transmission ordonnée du pouvoir exécutif au Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Derrière cette formulation diplomatique prudente se cache pourtant une réalité beaucoup plus grave : Haïti vient d’échapper de justesse à une nouvelle crise politique majeure.
Car sur le terrain, de nombreux observateurs ont constaté que certains membres de cette structure d’exception semblaient peu disposés à quitter le pouvoir à la fin du mandat prévu. Les tensions des derniers jours, les manœuvres politiques, les ambiguïtés entretenues autour de la transition et surtout le climat de confusion qui régnait à Port-au-Prince ont nourri les craintes d’un glissement institutionnel dangereux.
Dans ce contexte explosif, la présence particulièrement visible de moyens militaires américains dans la rade de Port-au-Prince n’a échappé à personne. Beaucoup y ont vu un message clair : la communauté internationale ne souhaitait pas voir s’installer une prolongation de fait du pouvoir du CPT au-delà du cadre prévu. Cette démonstration de force discrète mais musclée a probablement contribué à éviter un scénario de confrontation ou de chaos institutionnel dont Haïti aurait encore payé le prix fort.
Mais maintenant que cette page semble tournée, une autre question fondamentale surgit : qui demandera des comptes au CPT ? Pendant près de deux ans, neuf individus ont exercé un pouvoir considérable sur le pays sans véritable contre-pouvoir institutionnel. Sans Parlement fonctionnel. Sans contrôle politique réel. Sans mécanisme permanent de surveillance démocratique. Or, durant cette période, les scandales se sont multipliés : collisions avec les gangs, rumeurs d'assassinats de militants politiques, accusations de corruption, soupçons de trafic d’influence, opacité administrative, gestion controversée des fonds publics, nominations douteuses, luttes internes pour le contrôle de l’appareil d’État.
Dans n’importe quelle démocratie sérieuse, une telle expérience politique exceptionnelle devrait automatiquement déboucher sur un processus exceptionnel de reddition de comptes.
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), l’ULCC et les autres institutions de contrôle disposent-elles aujourd’hui des moyens, de la volonté et surtout de l’indépendance nécessaires pour examiner la gestion du CPT ? Rien n’est moins sûr. Pourtant, l’enjeu dépasse largement les individus concernés. Il s’agit de savoir si Haïti accepte définitivement l’idée que les pouvoirs de transition puissent gouverner sans jamais rendre compte de leurs actes.
Si le CPT quitte aujourd’hui le pouvoir sans audit, sans enquête sérieuse et sans obligation de justification devant la nation, alors le message envoyé aux futurs dirigeants sera simple : en Haïti, le pouvoir ne produit plus aucune responsabilité.
Stacy Tertulien/Edito 24



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