Haiti-CPT: La fin d’un cycle sans relève
- Edito 24
- Jan 11
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A l’approche de l’échéance du 7 février 2026 des voix s’élèvent pour réclamer une alternative au CPT et le gouvernement d’Alix Diddier Fils-Aimé. Le regroupement majoritaire des 119 partis et organisations politiques, Alternative pour le Changement d’Haiti propose, cette semaine, un exécutif bicéphale avec Audain Fils Bernadel comme Premier Ministre. Il s’agit d’une option viable pour assurer cette transition vers un redressement de la situation en Haiti. Nous reproduisons ici un éditorial du Révérend Rudy Laurent soutenant la nécessité d’agir afin d’éviter un vide à la date du 7 février qui marquera le départ du CPT et la caducité du gouvernement de Fils-Aimé qui en est la continuité.
ÉDITORIAL
Haïti après le CPT : la fin d’un cycle sans relève prête
Par Rudy Laurent
Haïti traverse aujourd’hui un moment charnière, non pas seulement politique, mais historique et générationnel. La crise post-CPT ne peut plus être analysée comme une simple transition ratée ou un énième blocage institutionnel. Elle ressemble davantage à la fin d’un cycle épuisé, un cycle où un système entier arrive à son terme sans avoir préparé sa succession.
Ce que nous vivons n’est pas seulement l’effondrement d’un mécanisme de gouvernance, mais l’effondrement d’une classe politique incapable de se renouveler.
Une vieille garde sans héritiers crédibles
Les figures de l’ancienne classe politique ont perdu ce qui faisait jadis leur force :
la confiance populaire, l’autorité morale et la capacité de projection historique.
Elles n’ont plus ni l’écoute du peuple, ni le poids nécessaire pour désigner une relève légitime.
Plus grave encore, elles ont échoué à former une génération capable d’assumer la responsabilité nationale sans être perçue comme un simple prolongement de la corruption et des compromis du passé. Aujourd’hui, leurs réseaux existent encore, mais leur influence est vide de sens.
Une jeunesse visible, mais captive
Certes, une jeunesse politique émerge. Mais elle apparaît trop souvent sous tutelle, parrainée, façonnée et conditionnée par les mêmes intérêts qui ont mené le pays à l’impasse actuelle.
Cette jeunesse n’est pas libre. Elle est visible, mais pas souveraine.
Le peuple haïtien, lucide malgré la misère, reconnaît instinctivement la différence entre un leader organique et un produit de recyclage politique. Ce discernement populaire explique pourquoi aucune figure ne parvient aujourd’hui à fédérer durablement l’espérance collective.
Le CPT et ses figures : des symptômes, non des solutions
Le CPT, tout comme certaines personnalités qui gravitent autour de lui, n’est pas la cause profonde de la crise. Il en est le révélateur brutal.
Dans ce roman politique où chacun apparaît affaibli — faible en vision, faible en courage, faible en légitimité — le pouvoir est devenu un instrument de survie plutôt qu’un projet de transformation.
On ne gouverne plus pour refonder l’État, mais pour contenir l’effondrement, préserver des intérêts résiduels ou négocier une sortie honorable.
Peut-on remplacer le CPT ?
La vérité dérangeante est celle-ci :
on ne peut pas remplacer le CPT avec les mêmes visages, les mêmes méthodes et les mêmes arrangements.
Aucune alternative crédible ne naîtra :
d’un simple changement de personnes,
d’un consensus diplomatique artificiel,
ni d’une solution imposée d’en haut.
La succession classique est impossible, car le système qui la produisait est arrivé à sa limite historique.
La seule issue : une refondation
La sortie de crise ne viendra pas d’un sauveur providentiel, mais d’un processus de rupture consciente.
Elle exige :
une autorité morale avant d’être institutionnelle,
une légitimité sociale enracinée dans les territoires, la diaspora et les forces communautaires,
une génération intermédiaire, capable de dialoguer avec le peuple sans être prisonnière des schémas anciens ni naïve face aux rapports de force internationaux.
Haïti n’a pas besoin d’un nouveau partage du pouvoir.
Elle a besoin de réécrire les règles du jeu.
Après le CPT, deux voies s’offrent à nous :
soit nous recyclons encore une fois la faiblesse,
soit nous acceptons une période de turbulence comme prix d’une renaissance politique réelle.
Le danger n’est pas que tout le monde soit faible.
Le vrai danger serait de faire semblant qu’une force existe encore là où il n’y a que des ruines.
La transition post-CPT ne sera pas une succession ordinaire. Elle sera soit une rupture historique assumée, une agonie prolongée.
Et c’est dans cette vérité, aussi inconfortable soit-elle, que peut enfin naître l’espérance d’une Haïti refondée.







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